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Mike Birch, j’ai chevauché les océans

Mike Birch, j’ai chevauché les océans

J’ai rencontré Mike Birch à quelques reprises pour rédiger des articles. C’est un homme réservé qui n’a pas la parole facile avec les nouveaux venus. L’entrevue pouvait se transformer en supplice tant je ne savais trop comment obtenir des informations sans trop insister et finir par devenir inconvenant. Se retrouver face à une légende de la course au large et ne pas parvenir à établir un dialogue fructueux peut s’avérer un exercice douloureux, voire humiliant pour un journaliste. Et pourtant, si quelqu’un a bien des choses à raconter, c’est bien ce Canadien errant, anti-héros naturel qui aura suivi un parcours inusité digne d’un roman d’aventure
J’ai lu la biographie rédigée par le journaliste français Olivier Péretié, un spécialiste de la course au large, avec beaucoup de plaisir et une pointe d’agacement. Le plaisir d’abord.
Mike Birch a donné rendez-vous à Péretié sur l’île de Gabriola où il a élu domicile depuis quelque temps. Après le long séjour en France, Mike s’est installé à Québec, puis en Gaspésie. La suite l’a ramené vers sa côte Ouest natale. Sur une île en face de Nanaïmo, la région de ses vacances estivales lorsqu’il était un enfant. Le journaliste et le navigateur se sont enfermés huit jours retracer le sillage d’un homme discret arrivé dans sa quatre-vingt sixième année. Il a cru bon d’écouter le journaliste Bernard Rubinstein de Voile Magazine qui l’a persuadé de se résigner à raconter sa vie, lui qui n’aime pas se raconter.
Toute cette période un peu mystérieuse de la vie de Mike Birch avant la course au large constitue l’une des portions les plus intéressantes de cette biographie. Celle où l’on découvre un personnage qui détestait l’école mais n’avait pas froid aux yeux pour se lancer d’une aventure à l’autre. On y apprend que ce métier de cow-boy en Alberta n’est pas une légende de pontons, mais bien une tranche de vie qui a duré quelques années.
La vie de Mike Birch ferait un bon roman. Son existence avant la course au large, il la résume laconiquement : «Je n’ai jamais fait que ce que je voulais. Quand un métier ne me plaisait plus, j’en exerçais un autre, voilà tout.» Ne lui en demandez pas plus, tout est dit. D’un métier à l’autre, toujours la même attitude : «Je n’étais pas exigeant. La routine me pesait. Je voulais essayer autre chose.»
Cet autre chose est arrivé par hasard. Mécanicien dans le sud de l’Angleterre, un client lui parle d’un garçon incroyable, convoyeur de bateaux. «Un quoi?....Ça existe ça? ..Ainsi, on pouvait gagner sa vie en naviguant sur des bateaux de plaisance? Recevoir de l’argent pour s’en aller librement en mer quand d’autres étaient prêts à payer des fortunes pour le faire?». Pour un gars qui a gagné sa vie à la dure dans toutes sortes de métiers pénibles, «c’était littéralement stupéfiant».
S’il ne devait y avoir eu qu’une seule rencontre déterminante dans la vie de Mike Birch, ce serait bien celle qui l’a conduit jusqu’à Peter Haward. Ce même type dont on lui avait parlé au garage et dont il retrouve la trace par hasard dans une petite annonce dans le magazine Yachting World. Un drôle de hasard. «Ce grand gaillard était incroyablement attachant. J’avais rencontré…un de ces merveilleux fous qui vous donnent une confiance illimitée en vos propres capacités.»
Mike embarque comme équipier bénévolement à bord d’un bateau à moteur en bois de 40 pieds qu’il faut livrer en Écosse. «C’était l’automne. Il faisait gris, venteux, humide, les nuages galopaient dans le ciel bas. J’étais heureux comme un gosse». Finie la mécanique. Mike Birch devient convoyeur professionnel à partir de 1965. Ce sera son gagne-pain jusqu’à ce que la course au large devienne son métier, soit pendant une douzaine d’années.
Le Mike Birch dont on a loué le sens marin, celui qui ramène toujours ses bateaux à bon port et généralement en bon état, qui ne prend pas de risques inutiles et qui pique une sieste dans les coups de vent, il vient de ces longues années d’apprentissage en convoyage sur toutes sortes d’embarcations plus ou moins recommandables. Un résumé de son premier convoyage d’un voilier au départ d’un port espagnol? «Nous avons hissé les voiles et quelques minutes plus tard, le mât est tombé!»
Qu’importe, Mike Birch aime son métier et il n’en veut pas d’autre. Lorsqu’il livre un bateau, il déguste ce «sentiment de plénitude du devoir accompli. Vous êtes en accord avec vous-même et avec l’univers.» En 1966, il rencontre Joséphine lors d’un convoyage. Elle devient sa compagne et ils forment ensemble un couple de convoyeurs qui passe le plus clair de son temps en mer. Ils auront deux enfants et un bateau de 36 pieds avec lequel ils traverseront l’Atlantique en famille. C’est sur ce voilier à quille longue que le convoyeur décide de se lancer en régate. Il s’inscrit en 1972 à la Course de l’Aurore, une épreuve en solitaire autour des côtes européennes qui deviendra plus tard la Solitaire du Figaro. Après un résultat mitigé, il dit :«J’étais venu pour voir. J’avais vu, merci.»
L’expérience ne le décourage pas. Il convoie à l’occasion des voiliers de course. Lorsque les propriétaires l’invitent à se joindre à l’équipage pour disputer des épreuves, Mike débute un véritable apprentissage de la régate. Pour quelqu’un qui a horreur de faire du surplace et ne se lasse jamais d’apprendre, la discipline a tout pour le séduire. À l’occasion de sa participation à la course autour des îles Britanniques avec Joséphine, il découvre avec un mélange d’émerveillement et d’envie les multicoques de l’américain Dick Newick. Le virus de la course au large va habiter Mike Birch pour la suite de son existence.
Mike vend son voilier pour faire l’acquisition d’un petit trimaran de 31 pieds de Dick Newick qu’il vient rencontrer à Martha’s Vineyard. Sur ce Val 31 baptisé The Third Turtle, il va courir l’OSTAR en 1976. Il adore son petit bateau qui «s’envolait à des vitesses fascinantes pour moi». Il n’a pas les moyens de se payer un spinnaker, mais il termine troisième en temps réel derrière Éric Tabarly et Alain Colas après une course d’une dureté extraordinaire. Cinq dépressions vont décimer la flotte. The Third Turtle a fait le dos rond et survécu dans le mauvais temps. Colas pénalisé par le jury, Mike emporte la seconde place. Second sur un petit bateau de 9,50 m quand celui de Tabarly en mesure 22 et le Club Méditerranée de Colas 72! Les portes de course au large professionnelle viennent de s’ouvrir.
La suite est mieux connue. À bord d’Olympus Photo, un nouveau plan Newick de 11 m, qu’il a emprunté à Walter Greene le temps d’une course, Mike Birch remporte la première édition de la Route du Rhum en 1978. Il coiffe le monocoque Kriter V de 22 m de long de Michel Malinovski de 98 secondes sur la ligne d’arrivée. Nous connaissons tous la suite, ou presque.
La pointe d’agacement suscité par ce récit? Les mots que Péretié a mis dans la bouche de Mike Birch et que ce dernier n’aurait jamais pu prononcer. En parlant de fameuse arrivée à Pointe-à-Pitre, Péretié lui fait dire : «À 250 m de la ligne, je le dépasse, je le dépose, je le désintègre.» Du pur vocabulaire de régatier français, à des années-lumière de la façon de s’exprimer d’un homme humble et discret. De longues portions de ce livre ont d’ailleurs été rédigées par le journaliste, mais transcrit au «je» dans un style très franco-français que Mike Birch n’aurait jamais employé. C’est à la fois un manque de respect à l’esprit et la manière de Mike Birch et une manifestation d’un égocentrisme français dont on aurait très bien pu se passer. Pardonnons à Olivier Péretié qui a tout de même réussi en huit jours à faire parler Mike pour nous livrer un récit qui reste fort intéressant et plus que pertinent.
Les mots de Mike Birch, on les retrouve dans les dernières pages, simples, sobres, précis et toujours peu nombreux.

«Je n’ai pas eu d’illumination, de révélation ni de conversion. J’étais un terrien. Je suis devenu un marin. Voilà tout.

-       La mer est devenue mon métier. Ma vie. Elle l’est encore aujourd’hui. J’y suis allé sans me retourner, et je n’ai jamais fait marche arrière.

-       Je n’ai jamais fait le tour du monde. Je n’ai vu Bonne-Espérance que depuis le pont d’un cargo et le Horn qu’en photo. Je me suis contenté de traverser l’Atlantique à soixante ou quatre-vingt reprises. Du moins, je le crois, parce que je n’ai jamais compté.

-       Vous ne le croirez peut-être pas, mais je m’interroge encore pour savoir quelle était réellement ma force. Je suivais mon instinct. Et ça marchait…»

 J’ai chevauché les océans
Mike Birch avec Olivier Péretié
Arthaud – 275 pages

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